Tod Browning
Le cinéaste du bizarre
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Par Xavier Jeudon
Filmographie :
Comme réalisateur :
Courts-métrages :
The Woman from Warrens, 1915
The Living Death, 1915
The Little Marie, 1915
The Electric alarm, 1915
The Burned hand, 1915
The Lucky transfer, 1915
The Slave girl, 1915
An Image from the past, 1915
The Highbinders, 1915
The Story of a story, 1915
The Spell of the Poppy, 1915
The Fatal glass of beer, 1916
Everybobys doing it, 1916
Puppets, 1916
Longs métrages :
Jim Bludso, 1917--dont il signe le scénario--
A love sublime, 1917--dont il signe le scénario--
Hands up!, 1917
Peggy, the will o the wisp, 1917
The Jury of fate, 1917
The Eyes of mistery, 1918
The Brazen beauty (Violence), 1918
The Legion of death, 1918
Revenge, 1918
Which woman (Quelle femme!), 1918
The deciding kiss, 1918
Set free, 1918
The wicked darling (Fleur sans tache), 1919
The exquisite thief, 1919
The Unpainted woman, 1919
The Petal on the current (Lautre parfum), 1919
Bonnie, Bonnie Lassie, 1919--dont il signe le scénario--
The Virgin of Stamboul (La vierge dIstanbul), 1920--dont il co-signe le scénario--
Outside the law (Révoltée), 1921--dont il signe le scénario avec L. Hubbard--
No woman knows, 1921--dont il signe le scénario--
The Wise kid, 1922
The Man under cover (Double jeu), 1922
Under two flags (Sous les drapeaux), 1922--dont il signe le scénario--
Drifting (La Marchande de rêves), 1923--dont il co-signe le scénario daprès W. Brady--
White tiger, 1923--dont il signe le scénario--
The Day of faith, 1923
The Dangerous flirt, 1924
Silk stocking sal, 1924
The Unholy three (Le Club des trois), 1925
Dollar down, 1925
The Mystic (La Sorcière), 1925--dont il signe le scénario--
The Black-bird (LOiseau noir), 1926--daprès une histoire de Tod Browning--
The Road to Mandalay (La Route de Mandalay), 1926--dont il co-signe le scénario--
The Show (La Morsure), 1927
The Unknown (LInconnu), 1927--dont il signe le scénario daprès W. Young--
London after midnight (Londres après minuit), 1927--daprès son livre" The Hypnotist "--
West of Zanzibar (A louest de Zanzibar ou Le Talion), 1928
The Big city (Le Loup de soie noire), 1928--dont il signe le scénario avec W. Young--
Where East is East (Loin vers lEst), 1929--dont il co-signe le scénario--
The Thirteenth chair (La Treizième chaise), 1929
Outside the law (Gentleman gangster) version parlante, 1930--dont il co-signe le scénario--
Dracula, 1931
The Iron man, 1931
Freaks (La Monstrueuse parade ou Barnum ou LAmour chez les monstres), 1932
Fast workers, 1933
Mark of the vampire (La Marque du vampire), 1935
The Devil doll (Les Poupées du diable), 1936--dont il signe le scénario--
Miracles for sale, 1939
Comme scénariste pour dautres directeurs :
The Mystery of the leaping fish (Lénigme du poisson volant) dEmerson, 1916
Acquited de Paul Powel, 1916 mais il nest pas crédité au générique
Sunshine dad d'Edward F. Dillon, 1916--adapté dune de ses histoires--
Sranded de Lloyd Ingraham, 1916
Fify-fifty d'Allan Dwan, 1916
Intolerance de D.W. Griffith, 1916
Atta boys last race de George Siegmann, 1916
Comme acteur :
The Scene of his crime, 1914
A race for a bride, 1914
The White slave catchers, 1914
A physical culture romance, 1914
Out again, in again, 1914
The Last drink of whiskey d'Edward Dillon, 1914
The Deceiver d'Edwars Dillon, 1914
Bill takes a lady out to lunch, Never again, 1914
Bill manages a prize fighter d'Edward Dillon, 1914
Bill Joins the W.W.W.'s de Paul West, 1914
Bill and Ether at the ball, 1914
Casey's Vendetta d'Edward Dillon, 1914
Scenting a terrible crime d'E. Lynn Summers, 1914
An Exciting courtship, 1914
Cupid and the Pest, 1915
Intolerance de D.W. Griffith, 1916 dans la partie moderne tirée de The Mother and the law
Jim Bludso, 1917
The Mother and the law de D.W. Griffith, 1919 (mais tourné en 1914)--un conducteur--
Dracula, 1931--voix du chef du port--
M.G.M.'s Big Parade of Comedy, 1964--Browning y apparaît dans des images darchives--
Comme co-producteur:
Outside the law, 1920
Outside the law, 1930
Freaks, 1932
The Devil Doll, 1936
Comme assistant :
Intolerance de D.W. Griffith, 1916--comme assistant de direction sur la partie moderne--
Comme chef opérateur des arrières plans :
Lazy River (Louisiane)de George Brackett Seitz, 1934
Comme superviseur:
The Pointing finger d'Edward Kull ou Edward Morrissey, 1919
Biographie :
Charles Albert (dit Tod) Browning naît le 12 juillet 1882 à Louisville dans le Kentucky. Agé de 16 ans, suivant peut-être une jeune danseuse, il fugue de chez ses parents pour travailler dans le monde du cirque quil ne quittera quà 30 ans . Il travaille comme écuyer, contorsionniste, bonimenteur dans un spectacle intitulé " LHomme sauvage de Bornéo " ou clown (il met en place un numéro intitulé Mutt and Jeff) et connaît un succès international au côté de Roy Jones en tant que " The Lizard and the Coon "(" Le Lézard et le Raton-Laveur ").
Il intègre ensuite une troupe de théâtre dénommée " World of Mirth "(" Le Monde de la joie ") ; cest ainsi quil se met à côtoyer le monde des comédiens et quil rencontre puis épouse le 9 juin 1911 lactrice Alice Lillian Houghton. En 1912, ils sinstallent à New York où Tod est engagé par les studio de la Biograph. En 1913, obtient un rôle à Brooklyn dans The Whirl of mirth. Il multiplie les petits cachets au théâtre et au cinéma comme comédien ou assistant avant dêtre remarqué par Griffith. Celui-ci, après lui avoir confié le rôle d'un entrepreneur des pompes funèbres dans Scenting a terrible crime pour la Biograph, lui propose de le suivre à Hollywood où il vient de signer un contrat comme producteur avec la "Reliance and Majestic Movie". En 1914, Browning emménage donc à Los Angeles et est engagé comme acteur par la "Reliance Majestic" notamment pour An Exciting courtship et The Whild girl. En novembre 1914, il tourne sous la direction de Griffith dans The Mother and the law (La Mère et la loi) qui ne sortira quen 1919, mais dont une grande partie sera intégrée dans lhistoire moderne dIntolerance ; il apparaît donc dans ces deux films au volant de la voiture qui permet au jeune homme de rattraper le train du gouverneur. Dans les années 1915-1916, il commence à réaliser des cours métrages dont certain sont remarqué, tel The Fatal glass of beer dont Clyde Bruckman fera un remake parlant en 1933.
En 1915, ayant trop bu comme cela lui arrive souvent, il est à lorigine dun accident sur une route de la côte Pacifique ; son passager lacteur William Elmer Booth y trouve la mort. Tod est gravement blessé, il entre dans une longue convalescence durant laquelle va débuter sa carrière de scénariste. Cest à ce moment quil écrit entre autres The Mystery of the leaping fish (LEnigme du poisson volant) qui sera tournée un an plus tard par Emerson et interprété par Douglas Fairbanks, ainsi qu Atta boys last race qui sera lui aussi tourné en 1916, par Siegmann et interprété par Dorothy Gish pour les " Fines Arts Studio ".
En 1916, D.W. Griffith le prend ainsi que Van Dyke et Stroheim comme assistant sur le tournage dIntolerance ; Browning sera chargé de la partie moderne du film. Lannée suivante il coréalisera avec Wilfred Lucas son premier long métrage, Jim Bludso adapté dun roman à succès de lépoque. Ici encore, cest Griffith par lintermédiaire de sa société de production " Fine Arts Triangle " (Griffith, Sennett et Ince) qui donne une nouvelle impulsion à la carrière de Browning. A ses débuts, Tod met principalement en scène des comédies sentimentales comme A love sublime, Hands up !, Peggy, the will othe wisp, ou Which woman.
En 1919,pour tourner The Wicked darling (Fleur sans tache) il engage Priscillia Dean et Alonso dit " Lon " Chaney cest le début dune collaboration de quatre ans avec lactrice et, avec lacteur, dune longue amitié qui sera ponctuée de dix films entre 1919 et 1929. Mais cest avec The Virgin of Stamboul, en 1920, quil connaît son premier grand succès ; succès qui sera dès lannée suivante supplanté par celui dOutside the law, lun des tout premiers films de gangsters dont laccueil du public le pousse à en faire une version sonore en 1930.
En 1922 hélas, tout bascule, sa femme le quitte, il sombre dans l'alcoolisme et l'Universal rompt son contrat. En 1923, il tente de remonter la pente en mettant à nouveau en scène un film de gangsters White Tiger, avec l'éternel Priscillia Dean comme tête daffiche, mais le résultat est moins heureux que pour ses précédents longs métrages.
En décembre 1925, lors de la sortie de The Unholy three, Tod Browning se confira au "Picture play magazine" sur ces sombres années 1922-23. En voici quelques extraits:
"Je crois que la vérité doit être racontée, même si le fait de confesser ses propres défauts peut heurter la vanité d'un homme. [
]
Il y a deux ans, je me suis effondré. Parmi les facteurs qui y contribuèrent, il y avait mon caractère, mes impulsions, le fait de vouloir suivre ma voie, mon entêtement. [
]
J'avais la réputation d'avoir l'esprit de contradiction, d'être bizarre et peu sûr. Des rumeurs, qui affirmaient que j'avais de mauvaises habitudes, coururent sur moi, et laissez-moi vous le dire, elles étaient vraies! Il n'est pas facile de dire ces choses sur moi, mais ma femme m'a enseigné à regarder les faits en face, au lieu de les éviter. Pendant deux ans, je ne pouvais pas trouver de travail. Personne ne voulait investir de l'argent sur un film où j'aurais été au mégaphone. Quand on est au plus bas, il est très difficile de retourner travailler ou de convaincre les personnes qui ont en mains le pouvoir [
]
Tout à coup, j'en eu assez du cinéma, du travail, des gens, de la vie, de tout
et surtout de moi-même. Ce qui m'arrivait ne m'intéressait pas. Je me laissais aller à la dérive sans avoir aucun intérêt pour ce qui m'arrivait. Une fois, je suis resté enfermé chez moi, tout seul, pendant trois semaines, avec peu de nourriture, j'étais prisonnier d'une haine envers moi-même. Parfois, j'écrivais fébrilement ces mélodrames que j'avais toujours voulu écrire, avec des personnages étranges dans des situations inhabituelles. Puis dans un moment de rejet, je les jetais à la corbeille. Ma femme était simplement partie, naturellement. Seulement maintenant, je comprends, en partie, combien profondément j'avais dû la toucher. C'était trop à supporter pour une femme sensible et bien élevée. Je croyais qu'elle m'avait quittée et cela faisait grandir mon amertume. Mais maintenant, je comprends pourquoi elle l'a fait. [
]
Elle savait, ma sage Alice, que la seule façon de me sauver était d'attendre et d'espérer que l'envie de faire des choses justes me reprenne à nouveau. Elle a peut-être prié. Je l'ignore. C'est probable. Je l'ai fait une fois. La nuit où j'ais compris à quel point j'étais ridicule. [
]
Une nuit, je me suis rendu compte, tout à coup, que je désirais vraiment la présence d'Alice. J'ai sorti une bouteille de whisky et j'étais en train de le verser dans un verre quand j'ais compris: il ne faut pas t'étonner si Alice t'as laissé tomber. J'ai jeté la bouteille contre le radiateur, en la réduisant en mille morceaux; j'ai dit une brève prière: "Dieu, aide-moi à me remettre sur pieds!", et j'ai fait demi-tour pour aller me coucher. Cela ressemble à la scène d'un vieux mélodrame, mais c'est vraiment ce qui m'est arrivé. C'était le début de ce que je pourrais appeler la régénération d'un homme. [
]
Bien qu'elle ne voulait pas revenir chez moi, elle m'a permis de l'appeler pour la voir et l'amener au cinéma. Je n'étais pas tout à fait mal en point et je me suis remis sur pied pour la courtiser à nouveau. J' en étais vraiment convaincu. Alice le comprenait par intuition: j'étais le jeune garçon qui est en chaque adulte, et qui nous fait aimer la dramatisation des émotions. J'étais anxieux de voir notre rapport recommencer, j'étais harcelé par des remords cuisants, je jurais d'y remédier, en soulignant mon humilité et mes erreurs. Mes problèmes assumaient à mes yeux les dimensions d'une tragédie. Toutes les personnes qui travaillaient dans le monde de la fiction sont dans leur subconscient des acteurs. J'étais sincère, croyez-moi, mais prouver les choses de façon exagérément dramatique me stimulait. [
]
Quand je me suis convaincu que je voulais à nouveau faire le bien, elle est revenue chez moi. Je devais mettre de côté ma réputation d'indépendance. Finalement Ernie Fineman a parié sur moi et m'a laissé réaliser deux films avec Evelyn Brent. C'était beau de retourner travailler! J'ai bûché comme une mule, et dès que la rumeur, que j'étais à nouveau en forme, s'est répandue, j'ai senti un changement graduel dans les attitudes de mes amis par rapport à moi. Mais c'étais toujours dur. Je devais combattre avec ma disposition perverse, ma tendance à me mettre en colère, à ne jamais être d'accord. Je devais soumettre mon esprit hargneux, afin de devenir calme et coopératif. Mais j'y ai réussi. J'ai maîtrisé ma langue et ainsi j'ai réussi à contrôler mon caractère. [
] (Traduit de l'anglais par Gabrielle Lucantonio)
1925 marque un nouveau tournant dans la carrière de Tod, par l'intermédiaire de sa femme qui lui présente Irving Thalberg, il rentre à la M.G.M. avec un salaire de 6.500 $ et y tourne The Unholy three (Le Club des trois) avec Lon Chaney, Harry Earles et Victor Mac Laglen. Ce Club des trois est un petit groupe de cambrioleurs dans lequel Chaney est ventriloque et se travesti en vielle dame. Quant à lami de Tod, le nain Kurt Schneider alias Harry Earles, il se déguise en bébé afin de mieux repérer les lieux de leurs futurs méfaits. Le film, dont Browning cétait vu refuser la production pendant plusieurs années, rencontre un immense succès auprès du public ; le réalisateur, supporté par le jeune producteur Irving Thalberg, va donc pouvoir laisser libre cour à sa fantaisie.

La M.G.M. lui laisse de grandes marges de manuvre, lui octroie des budgets et un salaire conséquent (45.000 $ pour West of Zanzibar) ; en découleront durant les années suivantes certains des meilleurs films de sa carrière, grâce notamment aux performances dacteur de Lon Chaney, ainsi The Black-bird et The Road to Mandalay en 1926, The Unknown et London after midnight en 1927, West of Zanzibar en 1928 marqueront lâge dor de la combinaison Browning - Chaney dans laquelle les idées les plus surprenantes du réalisateur trouveront un écho positif dans la volonté de lacteur de sinvestir toujours plus physiquement dans les rôles.

Pour tourner la version parlante de Outside the law en 1930 et Dracula en 1931, celui que lon surnomme déjà " lEdgar Poe du cinéma " quitte la M.G.M. pour lUniversal. Avant que Lon Chaney ne tombe gravement malade, rendu muet par un cancer du larynx et ne meure le 26 août 1930, cest lui que Browning prévoyait dans les rôles principaux de ces deux films. Pour ladaptation du roman de Bram Stoker, Tod va donc se tourner vers Bela Lugosi, qui a déjà tourné dans son premier film parlant : The Thirteenth chair en 1929 et qui interprète le comte Dracula au théâtre. Bela sintègre rapidement à lunivers fantastique de Browning, il va même sidentifier à lextrême à son personnage, dabord par envie de se faire de la publicité puis de plus en plus par folie, au point, selon la légende de dormir dans un cercueil jusquà la fin de ses jours. Lugosi, resté théâtral dans son jeu, nétait certes pas le plus grand des acteurs au cinéma, et son travail avec Browning natteindra en rien le niveau de celui de Chaney mais son physique et son accent hongrois ont donné corps au personnage de Dracula. Aussi Tod Browning fait naturellement appel à lui quatre ans plus tard pour tourner un film à la fois policier et vampirique intitulé Mark of the vampire (La Marque du vampire) dans lequel il démonte la mécanique du fantastique en nous apprenant que ceux que lon prenait pour des vampires nétaient en fait que des acteurs payés par la police pour démasquer un meurtrier ; trame que le réalisateur tire de son roman " The Hypnotist " et quil a déjà utilisé en 1927 dans London after midnight.

Après The Iron man, tourné à lUniversal en 1931, Browning retourne à la M.G.M. où Thalberg lui demande de réaliser un film plus horrible que Dracula ou que le Frankenstein de James Whale. On ignore qui de Browning ou de Thalberg proposa lidée dune adaptation à partir du roman " Spurs " de Tod Robbins. Le film qui en résulte, Freaks dépasse tout ce que la M.G.M. avait imaginé et le public lui réserve un accueil glacial.
Le film se voit même interdit en Grande Bretagne ainsi que dans de nombreux états aux USA . Il ne sera reconnu en France que grâce aux critiques de la " Nouvelle Vague " à sa réédition en 1962. Cet échec met Browning dans une situation économique difficile et freine lenthousiasme de la M.G.M. qui y a perdu près de 164.000 dollars ; il ne tournera plus que quatre films entre 1933 et 1939. Ainsi ses relations de plus en plus tendues avec la firme sont illustrées par lanecdote suivante conté par William Faulkner: en 1933, alors quil avait été engagé comme dialoguiste et que les préparatif du tournage avait lieu à la Nouvelle-Orléan, Faulkner reçut le télégramme " Faulkner est congédié. Studios MGM. ". Il court aussitôt demander des explications au directeur, Tod Browning. Celui-ci surpris, rassure Faulkner et lui promet que les studios devront sexpliquer. A ce moment, un autre télégramme arrive avec le message " Browning est congédié. Studios MGM. ". Le film ne verra jamais le jour. Parmi ses derniers films, The Devil doll sortit en 1936 rencontre à nouveau le public, les effets spéciaux sont extrêmement réussis pour lépoque, la technique de réduction sera dailleurs reprise en 1957 dans The Incredible shrinking man (LHomme qui rétrécit) de Jack Arnold. Browning y dirige Lionel Barrymore qui, évadé du bagne se déguise en vielle femme et se venge en rétrécissant ses anciens associés grâce à la découverte de Marcel, son compagnon dévasion chimiste. Le scénario adapté du roman " Burn, Witch, Burn " dA. Merritt est co-signé par Eric von Stroheim.
En 1937, Irving Thalberg disparaît, laissant Browning sans soutient au sein de la M.G.M..Tod tournera un dernier film en 1939 : Miracles for sale, littéralement " miracles à vendre " ; avant de se retirer à Malibu Beach où sa femme, Alice, meurt en 1944 et où il finira sa vie, loin du milieu hollywoodien. Il reçoit pourtant en 1948, un Oscar pour lensemble de sa carrière. Il meurt le 6 octobre 1962, probablement dun cancer.
Tod Browning a toujours manifesté une imagination fabuleuse doublée dun humour noir et cynique vis à vis du monde qui lentoure comme de ses propres créations. Il dénonce une société où les hommes sont des pantins (comme dans Les Poupées du diable ou comme Hans manipulé par Cléopatre dans Freaks), où lapparence est maîtresse et dans laquelle rien nest aussi simple quon le croit.
Héritages et citations :
Au cinéma:
Ce réalisateur singulier a bien entendu principalement influencé le cinéma américain puisque pendant de nombreuses années, ses films étaient difficilement accessibles en dehors des Etats-Unis. Browning a laissé une empreinte indélébile dans le cinéma fantastique, mais il a également marqué des artistes aussi nombreux que différents.
On retrouve ainsi lesprit et la sensibilité de Browning chez David Linch en 1981, lorsquil tourne Elephant man, histoire dun monstre de foire qui nest pas sans rappeler par bien des points le chef duvre quest Freaks.

Lhumour noir et lunivers fantastique de Tod Browning sont aussi communs à Tim Burton dans des films comme Beetle Juice, Edward aux mains dargent, LEtrange Noël de Monsieur Jack ou Sleepy Hollow. En 1994 Tim Burton fait dailleurs apparaître le personnage de Bela Lugosi incarné par Martin Landau, toujours grimé en Dracula dans son film Ed Wood.

Jean-Luc Godard, dans ses Histoire(s) du cinéma réutilise des images de Freaks et de Mark of the vampire dans sa présentation critique du cinéma hollywoodien et plus spécifiquement dIrving Thalberg, le producteur qui pensait 52 films par jour selon Godard (il en produisait en tout cas 52 par an). Godard utilise des pictogrammes de ces deux films pour dénoncer le mode de production du producteur de la M.G.M. à qui il associe à lécran le terme de vampire. Pourtant, ces deux objets sont loin de caractériser la production américaine des années 1930 ; Freaks peut certes rappeler les difficultés que Browning rencontra avec la M.G.M. après son échec commercial. Quant à La Marque du vampire, il est possible que Godard sen serve pour illustrer le double visage de Thalberg mais aussi pour dénoncer le réemploi systématique à Hollywood des formules qui fonctionnent auprès du public. En mêlant ces deux films au mot "vampire" Godard nous donne à réfléchir sur la fin de la carrière de Browning, déclin qui débute avec l'échec économique de Freaks. Browning, ayant perdu son public est abandonné par les producteurs, comme sa proie par le vampire. Là où le film de Godard est plus discutable, c'est sur la place de Thalberg. En effet, Irving Thalberg est le principal soutient de Browning au sein de la M.G.M., c'est après sa mort que Browning perd la confiance des studios et cesse de tourner.

Les films de Browning ont marqués plusieurs générations, les films le copiant sont nombreux, parmi ceux-ci par exemple Freaked de Tom Stern et Alex Winter sortit en 1993, maladroite révision de deux films de 1932, Freaks de Browning et Island of lost souls dE.C. Kenton.
Dun intérêt tout aussi réduit, LAmour parmi les monstres de Fraser en 1959 réemploie les siamoises Hilton de Freaks.
Sorti en mars 2000, Les Frères Falls de Michael Polich dont le scénario est signé Mark Polich sinscrit dans la lignée de Freaks et Elephant man. Talentueusement interprétés par les jumeaux Polich, les frères siamois Falls, après avoir travaillé dans des foires auprès de femmes à barbes ou de nains, rencontrent une prostituée qui tombe amoureuse de lun deux.
Au théâtre:
Une pièce de théâtre intitulé " Freaks, adaptation de Geneviève de Kermabon daprès le film de Tod Browning " a vu le jour en 1987, une coproduction du " Printemps des Comédiens " de Montpellier et du " Festival dAvignon ". Cette pièce, où personnages du film et nouveaux monstres se mêlent pour mieux retrouver lesprit du cinéaste a été écrite et mise en scène par une trapéziste, ce qui explique certainement le fait que Cléopâtre y gagne en complexité et que la pièce implique davantage le spectateur puisque la mise en scène mêle public et acteurs comme cela est fréquent aujourdhui au cirque. Editée en 1988, la pièce est disponible aux éditions Actes Sud Papier.
La compagnie "Remise à 9" s'inspire elle aussi de Freaks pour sa pièce " La monstrueuse parade " dans le cadre du Cirque de faux-semblants.
Beethovenfest Bonn a mis en scène en Septembre 2007 un opera écrit par Moritz Eggert nommé Freax et produit par Christoph Schlingensief accompagné d'un livret signé Hannah Dübgen.
En musique:
Cest encore Freaks qui est à lorigine de lalbum de Yann Thiersen " La valse des monstres " comportant de superbes musiques dont une titrée " Frida ", méritant particulièrement lattention.
L'ARFI, Association à la Recherche d'un Folklore Imaginaire, a rendu un hômage jazzy à Tod Browning intitulé "Tragédie au cirque de Tod Browning".
En 1994, à la demande des Giornate del Cinema muto de Posdenone, John Cale, ancien membre du groupe Velvet Underground (proche d'Andy Warhol) compose et interprète une musique pour The Unknown (LInconnu).
Tod Browning est cité par David Bowie dans sa chanson "Diamond Dogs", qui a été reprise par Beck and Timbaland pour le film Moulin Rouge en 2001.
En peinture:
Andy Warhol va même jusquà considérer le Comte Dracula incarné par Bela Lugosi comme lun des mythes les plus importants dans la (non-)culture populaire américaine en utilisant une image du film dans son tableau " Myths " en 1981, actuellement conservé dans la collection Ronald Feldman Fine Arts à New York.
A la télévision:
David Chase dans l'épisode intitulé "Université" de la saison 3 de la série Les Soprano fait revenir l'un des personnages du ciné-club du foyer étudiant. Cette jeune fille fragile psychologiquement a du mal à se remettre de la projection de Freaks.
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Les critiques :
" Seul en effet un mépris aussi stupide quindéracinable a pu faire que soit méconnu lun des plus grands metteurs en scène qui aient été, Tod Browning, que lon doit tenir pour de loin supérieur à des gens comme Ford ou Hitchcock. "
Louis Séguin dans " Pour un catalogue du fantastique "
(Cinéma 56, n°7, novembre 1955, p.51)
" Certes, le cinéma confortable nemporte pas une adhésion générale. Il existe des exceptions, parmi ceux qui font les films, certains ont choisi le doute, le soupçon, linquiétude. Ils doivent alors sexprimer par des moyens détournés, et leurs projets se heurtent à des obstacles dont les diverses censures sont les plus manifestes. Les films de Tod Browning, dont linimitable Freaks atteint des paroxysmes inégalés, marquent une époque révolue : on se demande encore comment ils ont pu voir le jour. "
Gérard Lenne dans " Pour un fantastique subversif "
(Image et son n°213, février 1968, p.20)
" Au terme de ce bref parcours, Browning paraît non cômme l'un des cinéastes plus ou moins brillants en des temps reculés et qui échouèrent en fin de carrière dans le domaine du fantastique, mais cômme un metteur en scène dont la création se développa avec une unité rigoureuse. Sur des shèmes mélodramatiques imposés par le goût du temps, il a inventé une dramaturgie cohérente et il a créé une oeuvre tout à fait originale. Son intérêt pour le cirque ou le monstre de foire traduit un attachement au spectacle et à la réalité humaine. Loin d'être l'émanation d'un esprit torturé ou un accident dans un ensemble neutre, Freaks appartient à une série de films remarquables dont il constitue un certain aboutissement, mais qui est auparavant riche en chef d'oeuvre. "
Alain Garsault dans " Tod Browning à la recherche de la réalité "
(Positif, n°208-209, juillet-août 1978)
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